Mis à jour le 23 mars 2018

Barbes branchées

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Le figaro traditionnel n’est plus seul sur la place : les métropoles voient naître aujourd’hui une nouvelle génération de salons de capilliculture qui proposent une panoplie complète de ‘Hair Facial Reshaping’, allant du genre Hollywood au style Old Dutch, avec une touche vintage, liée à la culture hipster.

Pas barbante pour un sou, du moins pas encore, cette pilosité apparaît de plus en plus souvent sur le menton et les joues des acteurs, mannequins et simples mortels qui, depuis l’adolescence, se sont rasés régulièrement tous les matins. Et pas seulement l’été à la mer, lorsque le look s’accorde 15 jours de laisser-aller, mais aussi sur les tapis rouges et sur les podiums des défilés de mode. Tels le couturier Marc Jacobs, les acteurs George Clooney, Andy Garcia et Ben Affleck ou, parmi les footballeurs, le célèbre David Beckham et notre propre Diable Rouge Anthony Vanden Borre.

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Simon Baker testant la nouvelle ligne Barber de Gentlemen Only du parfumeur parisien Givenchy

Selon les observateurs, la tendance, dont les premiers signes remontent à 2008, se manifeste dans les périodes de crise, comme ce fut le cas à la fin des années 20 et au début des années 30. Mais un autre facteur d’influence majeur est à coup sûr la culture du corps comme support d’expression artistique (tatouages notamment) et, surtout, la sous-culture hipster nord-occidentale très suivie par les ‘millennials’ de la moyenne-haute bourgeoisie urbaine, qui se distancient des modes, religions, idéologies politiques et autres courants intellectuels et vestimentaires dominants. Entre tenues vintage, musique indie, alimentation bio et un certain penchant pour l’intellectualisme, les hipsters portent des barbes et des moustaches Old America que l’on ne rencontrait plus depuis très longtemps.

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Hobbs, barber shop historique au cœur de Borough Market, à Londres. Un temple authentique du look vintage

Du classique au cool

Rien à voir, toutefois, avec les barbes négligées des hippies, car les nouveaux ‘trendsetters’ font preuve d’un soin maniaque pour leur barbiche ou moustache, dont ils étudient la géométrie en s’en remettant régulièrement aux barber shops les plus cools. Et, loin de se limiter à quelques coups de rasoir prodigués à la va-vite entre deux blagues, ce sont là de véritables rituels métropolitains qui durent plus d’une demi-heure. Même si le coiffeur traditionnel conserve sa clientèle d’habitués, on voit s’affirmer un nouveau modèle de barber shop, où ce ne sont pas les cheveux mais la barbe qui se trouve au centre du service.

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La célèbre « barbière » Petra van Roon du salon Barber, dédié au men’s grooming, qu’elle a créé à Amsterdam

Dans cette génération de nouveaux barbiers cosmopolites, tatoués et chefs de file des dernières tendances en matière d’hair shaping, figurent quelques femmes très recherchées comme Petra van Roon de Barber à Amsterdam. « Je m’étais rendue compte, explique Petra, qu’il n’y avait pas à Amsterdam de lieu entièrement voué au men’s grooming, malgré une demande en ce sens. J’ai appliqué le principe de la qualité dans les produits et dans la personnalisation du service, en consacrant à chaque personne le temps et l’attention nécessaires, comme il est d’usage en général chez les coiffeurs pour dames. Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières, en tant que femme, dans un secteur par tradition exclusivement masculin, et la clientèle, âgée de 20 à 85 ans, s’est progressivement fidélisée. »

Petra Van Roon Credit De Telegraaf

Quand on parle avec les adeptes du hairy look, on découvre que la carte des lieux cultes s’est aujourd’hui considérablement élargie et ne comprend plus seulement Hobbs à Londres, connu pour son approche et des prix old fashioned (hobbsbarbers.com) et Alain à Paris, dans le Marais (alain-maitrebarbiercoiffeur.com). Il faut aujourd’hui compter avec des salons moins pétris de tradition comme Fellow Barber à New York (fellowbarber.com), qui a démarré ses activités en 2006 et compte déjà trois adresses dans la Big Apple, et Tweed Barbers à Boston (tweedbarbers.com) ou encore The Mandarin Barber à Hong Kong (mandarinoriental.com), un temple du silence et de l’exclusivisme for men only.

En Belgique aussi

Mais que demandent ceux qui fréquentent ces endroits ? Les possibilités de coupe sont très nombreuses, de la barbe de trois jours à la barbe dense et fournie, tout aussi impeccablement taillées : il y a ceux qui se contentent d’un bouc et les autres d’une moustache, ceux qui s’inspirent des pionniers mormons et les autres, des dandies fin-de-siècle, ceux qui s’inventent une coupe inédite spécialement étudiée pour leur visage. Mais avant tout, les ‘addicts’ demandent du temps et de l’attention, un service d’une certaine durée, certes, mais très précis et sans précipitation, qui garantit une pause de bien-être entre leurs engagements de la journée.

Et, comme on pouvait le prévoir, le phénomène a aussi créé ses incontournables : très en vogue, les savons de Geo. F. Trumper ou D.R. Harris, mais aussi les nouvelles lignes de Proraso, jusqu’à la marque californienne Beardsley qui ne produit que shampoings, crèmes modelantes et autres produits destinés aux barbus et moustachus de tous poils. De son côté, Givenchy vient de mettre une ligne Barber Edition complète sur le marché russe, réservant uniquement une crème après-rasage Barber Edition de la ligne Gentlemen Only à nos propres marchés. Le séduisant acteur Simon Baker en est l’égérie.

LVMH a choisi de présenter ce nouveau produit en Belgique chez un barbier haut de gamme de la capitale : le parisien Guillaume Sénéchal (www.desfosse.fr). Chez nous aussi les barbiers à l’ancienne sont de plus en plus prisés… Même quand ils viennent d’ouvrir boutique. Le Barbershop Cy du Woluwe Shopping Center est connu depuis longtemps. Les Brabo’s Hand Barbershop, Chaplins Salon & Barbershop ou The Barbershop à Anvers connaissent un franc succès. Mais ce ne sont pas forcément les grandes métropoles qui s’y mettent : le Barber Shop à Nalinnes (avec salon de tatouage – www.barber-shop.be), Nick’s Barbershop à Ninove (www.barbershop.be), Rudy’s Barber Shop à Saint-Symphorien (www.rudysbarbershop.be) ou Fred’s Barbershop à Tournai (www.fredsbarbershop.be) sont tout aussi populaires.

Tradition à l’italienne

En Italie, nombreux sont les barbiers qui créent même leur propre ligne – du savon de rasage à l’after-shave – pour en faire leur carte de visite : c’est le cas de Panama 1924 pour Boellis, à Naples, une étape obligée du gentilhomme napolitain (boellis.com). Deux autres barbiers qui en savent assurément quelque chose sont Piero Migliacci de l’Antica Barberia Peppino à Rome, célèbre déjà à l’époque de la Dolce Vita (anticabarberia.it), et Salvatore Mazzotta du salon milanais du même nom, en face du Piccolo Teatro, qui prend soin des barbes et cheveux de tous les acteurs de passage et des nombreux touristes étrangers qui le contactent via internet (benitoandsalvatoremazzotta.com).

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Romano Brida chez Bullfrog, le salon qu’il a créé à Milan.

Milan est également la ville du nouveau phénomène Bullfrog, le barber shop de pointe né durant l’année sabbatique de son titulaire, Romano Brida, administrateur délégué d’une multinationale… actuellement encore en pause de réflexion. Installé via Thaon di Revel, le salon dispose d’un personnel international extrêmement efficace (y compris une barbière, Camilla) et est très fréquenté, surtout par les amoureux des agréments pileux old et new style grâce à son menu de Facial hair style qui prévoit tous les types de rasages plus ou moins radicaux. Mais Bullfrog n’est pas seulement une boutique de barbier : depuis quelques mois, il a en effet mis en place, via Broletto, une sorte d’Académie du rasage dont sont déjà sortis une centaine d’élèves, et a lancé un produit, baptisé Agnostico et qui remplit trois fonctions : baume pour la barbe, après-rasage et hydratant (bullfrogmilano.com).

Texte : Ilaria Danieli
Parution : Gentleman n° 4 – Octobre 2014

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